Philippe Starck est au salon Maison & Objet, venu présenter sa dernière création, futur best-seller : la chaise Mi Ming. Nouvelle production de courbes simplistes, ininterrompues. Une fois de plus, Philippe Starck transcende l’aphorisme du plus grand designer de l’histoire, Léonard De Vinci, pour qui « la simplicité est la sophistication suprême ».
Philippe Starck nous porte vers sa vision épurée d’un futur transparent et léger, se détachant irrémédiablement de la lourdeur du concret. L’objet est notre identité. Qu’il faille le déplorer ou non, les choses changent. La création, comme acte fondamental de la spécificité humaine, ne peut se défaire de l’histoire de l’évolution. Il n’est rien de moins anodin qu’une création, fut-elle un objet de décoration.
La créativité est morte. Ce cri nietzschéen poussé par Philippe Starck semble déchirer le passé d’un design consommé. Nous respirons enfin face à la page blanche que nous offre le plus grand créateur vivant. Une page blanche enfin débarrassée de nos peurs, où notre nouvelle lucidité pourra répondre enfin à la réelle obligation de la création : œuvrer vers l’esthétique et la poésie, tout en véhiculant l’humour intrinsèque d’un créateur capable de déchiffrer une société sur chacun de ses degrés de compréhension.
Philippe Starck abat les frontières, le temps et l’espace, tue le concret et porte le trône de l’immatériel. Bref instantané dans l’esprit méandreux d’un simplificateur.
Vous vous décrivez comme un producteur de matérialité. Ce qui est assez paradoxal considérant la provocation de tout ce que vous avez produit ces dernières années.
Il faut commencer par un traitement des oreilles. Un nettoyage simple ou un dĂ©bouchage…Je n’ai pas dit que j’étais un producteur de matĂ©rialitĂ©. J’émets juste d’énormes doutes sur la malĂ©diction du designer Ă ĂŞtre producteur de matĂ©rialitĂ©.
Nous sommes, clairement et heureusement, à la fin de la société de consommation. Ce qui pose des questions. Même les astrophysiciens se posent des questions fondamentales sur leur raison d’exister. Donc, nous petits designers de brosses à dents, si eux le font, nous ne pouvons y échapper.
Est-ce que le designer est un producteur d’idées ? Evidemment. Est-il un producteur de matérialité ? Je réitère mes doutes. Est-ce que les idées pourraient réellement rendre service, avec honnêteté et rigueur, par l’action plutôt que par la matérialité ? Je pense que c’est un scénario plus intéressant. A mon avis, la réponse matérielle est une réponse obsolète, archaïque, qui date du XIXème siècle. Siècle de la matière, siècle de la mécanique, qui pue, qui transpire. Les locomotives, les transatlantiques… aujourd’hui, nous avons d’autres priorités qui ne pourront trouver leur réponse dans les solutions habituelles. Donc aujourd’hui, il y a une grande question sur la remise en question.
C’est ce que je voulais exprimer par la question que je pose à ce salon : que vous manque-t-il ? C’est justement une question sur la pertinence des buts et aussi des moments. Chaque moment a son outil, son arme. Chaque arme, chaque outil a son moment. Est-ce que le design est le bon outil aujourd’hui pour répondre aux urgences de la religion, de l’écologie ou de l’économie ? Est-ce que ce n’est pas le moment de penser construire de nouveaux outils ?
J’ai lu les dix rĂ©ponses de dix jeunes crĂ©ateurs Ă cette question. Je crois que ces rĂ©ponses sont, statistiquement, tout Ă fait Ă l’image de notre sociĂ©tĂ©, de ses soucis. C’est-Ă -dire, qu’il y en a un, Mathieu Lehanneur, qui propose quelque chose. Il y en a un autre qui fait une pirouette humoristique très plaisante, je crois que c’est 5.5 designers, et les autres ne rĂ©pondent pas. Et ils Ă©vitent de rĂ©pondre de façon assez paranoĂŻaque, assez agressive. Ils ne comprennent pas qu’on leur pose de telles questions. Et c’est lĂ qu’on voit tout le problème d’une sociĂ©tĂ© qui a le nez dans le guidon. Une sociĂ©tĂ© qui est gĂ©rĂ©e par l’immĂ©diatetĂ©, par la vĂ©nalitĂ©. Et si nos ancĂŞtres avaient eu aussi peu de vision que nous, je pense que nous serions encore dans les cavernes en train de tuer les animaux avec un arc et des flèches. On parle, Ă chaque minute, de la crĂ©ativitĂ©. Des applications de la crĂ©ativitĂ©. Alors, qu’en fait, il n’y a jamais eu aussi peu de crĂ©ativitĂ©. On est une sociĂ©tĂ© sans utopie, sans rĂŞve, sans modèle.
Peut-on dire qu’il y a une nécessité de poésie ?
Tout à fait. Nous sommes une société basée sur l’intelligence. Il faut se rappeler, qu’un jour, dans une époque lointaine, il y avait une sorte d’animal, qui devait être en train de paitre, qui a relevé la tête et qui a dit à ses potes : dîtes donc les gars, je crois que j’ai une idée. Et ils lui ont dit, mais qu’est-ce que c’est une idée ? Et il a répondu comme Einstein : Je ne sais pas mais je trouverai.
Cette idée, c’était déjà un début d’intelligence, et l’intelligence de choisir le chemin de l’intelligence. Notre seule différence par rapport à cet animal et aux autres animaux, c’est l’intelligence et la créativité. Et le joli petit symptôme de l’intelligence, c’est la poésie. Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’animaux qui fassent de la poésie et de l’humour. L’humour est fondamental, parce qu’il remet tout en relativité. Ce qui nous ramène justement à cette fameuse relativité d’Einstein, qui est la base même de tout raisonnement moderne. Sur le thème que rien existe. Tout est énergie. Et dans cette perspective, la poésie est une obligation.
Vous qui ĂŞtes reconnu sur les cinq continents, selon vous, quel est le rĂ´le de Paris dans cette vision ?
Paris, c’est toujours la mĂŞme chose. C’est-Ă -dire que ce n’est pas le pays le plus crĂ©atif, mais c’est le pays le plus critique. Un crĂ©ateur Parisien… il faut dire Parisien puisque la France n’existe pas. Nous sommes toujours en monarchie. Un crĂ©ateur Parisien donc, est quelqu’un condamnĂ© Ă un chemin de croix. Il va tomber et va mourir. Et d’autres vont tomber et vont mourir. Et d’autres vont tomber et vont se relever et ils vont retomber. Et le peu qui restera debout au final, aura Ă©levĂ© son niveau sinon ils sont tuĂ©s. Le grand paramètre français, celui qui lui reste, c’est l’esprit critique. Celui qui pousse toujours les gens Ă leur plus haut niveau. C’est un Ă©norme dĂ©faut, mais c’est une gigantesque qualitĂ©.
A l’étranger, comment est perçu le rôle de Paris ? Son influence ?
L’image a peu changé. On attend toujours de la France les nouvelles idées. On attend toujours la sophistication. On attend toujours des choses que d’autres ne font pas.
Aujourd’hui, les pays, les territoires n’existent plus. Un pays c’est juste l’addition d’un certain nombre de tribus représentées de la même façon, dans différentes proportions, dans tous les pays. On ne se parle plus de pays à pays. On se parle essentiellement, comme des mondes parallèles, de tribu à tribu.
Est-ce que vous pourriez nous présenter cette dernière œuvre, la chaise Mi Ming ? D’où vous est venue l’idée ?
La Mi Ming, c’est un raisonnement qui a commence avec la Louis Ghost. La Louis Ghost, qui est certainement un best-seller aujourd’hui, traitée de l’inconscient collectif de l’occident. J’ai réalisé par la suite que la démarche était totalement égocentrée. L’occident n’est pas le monde. Il y a un nouvel ancien monde qui apparaît, qui devient le grand maître, c’est l’Orient, c’est l’Asie. J’ai suivi le même processus. J’ai cherché à définir l’inconscient
collectif de l’Asie. Et j’ai fait cette chaise là .
J’ai demandé à Gérard Mialet, l’éditeur, si cette chaise interpelait particulièrement les Asiatiques. Il m’a répondu que oui. Les Asiatiques sont fous de cette chaise. C’est normal, car c’est la première fois qu’ils voient une création asiatique. Même si elle n’a pas été crée par un Asiatique. C’est la première que leur culture et leur devenir sont synthétisés.





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This article was very useful for a paper I am writing for my thesis.
Thanks
Bernice Franklin
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Classic Tall Chestnut
[...] now! design à vivre fait encore parler de lui. Après avoir réuni 10 jeunes créateurs autour de Philippe Starck (voir nos portraits par ailleurs), now! innove encore. Cela fait dix ans que le now! est la vitrine [...]
[...] designers. Au point qu’il s’expose au Museum of Arts and Design de New-York. Le protégé de Philippe Starck, Patrick Jouin examine, à travers une installation multimédia, les gestes culinaires, de la [...]
Votre blog me donne donne beaucoup d’expérience, beaucoup de réfléxions, je peux améliorer mon blog, je vous remercies beaucoup.
Starck c’est bien mais je regrette qu’on ne retrouve pas les jeunes stars du design français. Un exemple : Franck bleriot, le designer mural incroyablement doue. Une souplesse d’esprit et une vivacitĂ© rare. DĂ©couvert lors dun chantier chez nous. Il est en Alsace.
message de remerciement pour l’information concernant l’atelier Osmoze et franck blĂ©riot.
Designer TOP, qualité de service Impeccable. A recommander.
Il y a des infos sur le designer Ă cette adresse : http://www.osmoze.fr/blog/l-atelier-de-design-osmoze-un-atelier-contemporain-pour-un-design-mural-industriel-d-espace/
S’y prendre Ă lavance pour des projets. Assez bookĂ© semble t il.
Eric