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	<title>Blog M&#38;O : le blog des salons MAISON&#38;OBJET &#187; Interview</title>
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	<description>Blog M&#38;O : le blog des salons MAISON&#38;OBJET</description>
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		<title>Interview exclusive du tendanceur François Bernard</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Feb 2010 15:28:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Editeur</dc:creator>
				<category><![CDATA[Rencontres]]></category>
		<category><![CDATA[François Bernard]]></category>
		<category><![CDATA[Interview]]></category>

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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Les frontières tombent. Il n’y a plus de limite entre la nature et la technologie. Plus de différence entre l’intérieur et l’extérieur. Tout est lié. La décoration pulse au rythme de la sève, les objets vivent avec vous. Notre décoration n’est plus là pour embellir ou représenter, c’est un prolongement de notre corps, une interface [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-146" href="http://blog.maison-objet.com/interview-exclusive-du-tendanceur-francois-bernard/bernard-body-house/"><img class="alignleft size-medium wp-image-146" title="bernard-body-house" src="http://blog.maison-objet.com/wp-content/uploads/bernard-body-house-545x227.jpg" alt="" width="545" height="227" /></a><em>&laquo;&nbsp;Les frontières tombent. Il n’y a plus de limite entre la nature et la technologie. Plus de différence entre l’intérieur et l’extérieur. Tout est lié. La décoration pulse au rythme de la sève, les objets vivent avec vous. Notre décoration n’est plus là pour embellir ou représenter, c’est un prolongement de notre corps, une interface esthétique avec notre environnement&nbsp;&raquo;. </em>François Bernard est tendanceur et directeur du bureau de tendances croisements, membre de l’Observatoire de MAISON&amp;OBJET. Cette année, sa « body house » répond aux principes de régénération et d’hybridation. Rencontre avec un visionnaire.</p>
<p><strong>Comment définiriez-vous simplement votre métier ?</strong></p>
<p>C’est le mot « simplement » qui est très bloquant dans votre question, parce que justement rien n’est simple. Si c’était simple, tout le monde pourrait le faire. Le propre des tendances, c’est justement de ne pas être facile à découvrir.<span id="more-144"></span></p>
<p>Pour commencer, on peut dire que cela demande une connaissance extrêmement précise d’un domaine. Une tendance, ce n’est pas tout et son contraire. C’est une connaissance approfondi d’un secteur marchand, qui résonne par rapport aux évolutions sociétales, qu’elles soient culturelles, politiques ou sociales.</p>
<p>Pour tenter de faire au plus simple, je dirai que c’est la mise en relation entre une connaissance très particulière et très profonde d’un secteur et les évolutions sociétales.</p>
<p>Après ça, il y a des points de repères. Nous sommes dans un monde de mode. Les choses balancent toujours entre goût et désir. Du coup, quelque chose qui a très bien marché est condamné à mourir. On suit donc les courbes de ses évolutions. On regarde les micro-signes dans ces courbes, qui font que demain une tendance très forte sera nécessairement renouvelée.</p>
<p>Aujourd’hui dans le domaine de la décoration, il y a une abondance. Le marché de la maison est devenu un énorme marché depuis dix ou quinze ans. Et l’abondance bascule souvent dans le trop. Alors que le monde de la déco est un domaine de désir, c’est aujourd’hui devenu un monde de dégoût. Une sorte de matérialisme à tout crin. On peut partir de cette constatation pour déterminer une nouvelle tendance.</p>
<p>Souvent la déco manque de vivant. Les choses sont trop posées, trop statiques. Ce qui manque aujourd’hui, c’est le mouvement, la régénération. A MAISON&amp;OBJET, je présente le thème « hybridation », où je mélange la plante, par définition vivante, avec des fonctions de la maison.  Tables-plantes, mur-plantes, coussin-plantes, luminaires-plante. On propose au grand public, quelque chose qui va complètement dans l’évolution de la vie actuelle. Quelque chose qui se renouvelle, qui mute, quelque chose dont on s’occupe, dont on prend soin. C’est ce sont dont on a envie à un niveau sociétal. On a une envie de nature, envie de prendre soin du vivant. C’est ça une tendance, c’est ça notre métier : savoir exactement ce qui s’est passé dans un secteur et regarder de l’autre coté les désirs actuels de la société. Et puis, mélanger les deux. C’est comme ça que vous trouvez les tendances.</p>
<p><strong>Vous évoquez la mort des tendances et leur renaissance. Vous ne parlez pas de naissance. Les tendances sont-elles régies par une logique de cycle ?</strong></p>
<p>Oui, il y a des cycles. Mais il ne faut pas occulter le rôle de l’intuition. La création se fait avec du cérébral et donc de l’intuition. C’est comme au poker, parfois on gagne, parfois on perd.</p>
<p><strong>Il y a donc une partie de chance ?</strong></p>
<p>Vous dites chance, je dis intuition. Nous sommes dans un monde d’imprégnation. On reçoit tellement de signes. On ne sait pas vraiment pourquoi on fait les choses, mais on les fait par intuition. C’est aussi notre métier d’arriver à comprendre d’où viennent nos intuitions, les analyser et s’autoanalyser.</p>
<p>Je vous parlais tout à l’heure de décoration et je vous parlais des plantes. Là aussi, il y a quelque chose avec lequel il faut compter en matière de décoration : tout a été tellement visuel depuis dix ou quinze ans. Forcément la décoration va s’orienter de plus en plus vers l’olfactif, le sonore, le gustatif. Cette appréhension de l’espace par les cinq sens, c’est la décoration.</p>
<p>Aujourd’hui, ce n’est plus uniquement une question de vase, une question de chaise ou de couleur sur les murs. C’est vraiment une question de style de vie globale.</p>
<p>Et c’est dans cette volonté de mieux vivre qu’on va trouver les grandes tendances de demain. Pas uniquement les tendances formelles, mais aussi les tendances de vie. La volonté d’évoluer au sein de la société, de vivre mieux, de protéger son environnement. Ce ne sont pas des tendances formelles : c’est vert ou bleu, c’est anguleux ou droit. Je dirais que demain cela ne sera plus un problème. Il y aura des gens qui aiment le bleu et d’autres le vert. Il faudra faire avec la pluralité. Les tendances ne seront plus jamais les mêmes que dans les années 80, ou il y avait d’avantage de diktat. Aujourd’hui, nous sommes dans une sorte d’éventail. Il faut offrir la possibilité à chacun de construire son propre environnement, à son image, avec ses propres désirs. Les tendances que nous proposerons à l’avenir devront être capables d’évoluer. Comme cette plante qui vit au sein de la table basse que nous proposons avec Patrick Nadeau, c’est un objet qui évolue.</p>
<p><strong>Je vous retourne la question posée par posée Philippe Starck et qui est au cœur de MAISON&amp;OBJET : que nous manque-t-il ?</strong></p>
<p>Personnellement, il me manque une chose très simple : de la poésie. Aujourd’hui, des mots comme anciens ou contemporain n’ont plus aucune résonance.</p>
<p>Est-ce que ça apporte de la poésie ? Est-ce que ça apporte du calme ? Est-ce que ça vous régénère ? Est-ce que ça développe des champs d’imaginaire ? Voilà les vraies questions aujourd’hui. Ce qui veut dire qu’on quitte une décoration formelle. Une décoration qui existe pour être montrée et pour représenter notre statut social. Aujourd’hui la référence, c’est d’être créatif, d’être singulier, d’apporter de la diversité aux yeux des autres. Comment chacun peut-il apporter sa propre diversité ? Et ça c’est la poésie. Dans un monde de pensée unique, via des choses aussi simples que la maison ou la déco, on peut mettre en avant son individualité. Par rapport à la question de Philippe Starck, la réponse n’est pas matérielle, mais immatérielle. C’est la poésie. La poésie qui va ensuite s’incarner dans des biens matériels.</p>
<p><strong>Cette année, le thème de MAISON&amp;OBJET est la cohabitation, alors que notre société n’a jamais été aussi individualiste. Comment expliquer ce paradoxe ?</strong></p>
<p>C’est pour ça que je préfère parler de singularité plutôt que d’individualité, parce que l’individualisme, on en souffre. Je préfère parler de singularité parce qu’il y a un aspect extrêmement positif à faire résonner son esprit au sein d’un groupe. C’est ce que j’appelle la singularité. Ce n’est pas le moi-je qui gomme le moi-je d’à côté. C’est un partage, une association de différences. Et c’est ça qui est intéressant.</p>
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		<title>Interview exclusive de Rosaria Rattin</title>
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		<pubDate>Wed, 27 Jan 2010 10:13:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Editeur</dc:creator>
				<category><![CDATA[Focus]]></category>
		<category><![CDATA[Rencontres]]></category>
		<category><![CDATA[architecte]]></category>
		<category><![CDATA[Artiste]]></category>
		<category><![CDATA[designer]]></category>
		<category><![CDATA[Interview]]></category>
		<category><![CDATA[Rosaria Rattin]]></category>

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		<description><![CDATA[Artiste, architecte, designer. Milanaise, Parisienne, Berlinoise. Rosaria Rattin échappe à toutes les définitions, vous glisse entre les mains. Les siennes remodèlent le monde. Les objets deviennent des silhouettes, les villes se transforment en nymphes, les maisons se glissent dans votre garde-robe.
Les créations de l’Italienne se défient de l’espace et du temps. Avec elle, les objets [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-133" href="http://blog.maison-objet.com/interview-exclusive-de-rosaria-rattin/rosaria-rattin-01/"><img class="size-medium wp-image-133 alignleft" title="rosaria-rattin-01" src="http://blog.maison-objet.com/wp-content/uploads/rosaria-rattin-01-401x545.jpg" alt="" width="145" height="196" /></a>Artiste, architecte, designer. Milanaise, Parisienne, Berlinoise. Rosaria Rattin échappe à toutes les définitions, vous glisse entre les mains. Les siennes remodèlent le monde. Les objets deviennent des silhouettes, les villes se transforment en nymphes, les maisons se glissent dans votre garde-robe.</p>
<p>Les créations de l’Italienne se défient de l’espace et du temps. Avec elle, les objets quittent leur atavique immobilisme et s’adaptent à votre vie, prise dans un tourbillon de mouvements.</p>
<p>Rencontre touchante avec Rosaria Rattin qui revient sur sa nouvelle collection, Paris et le mammifère humain.</p>
<p><strong>Quel est votre parcours professionnel ?</strong></p>
<p>C’est bizarre, parce que j’ai d’abord été étudiante en architecture. Après, je quitte l’architecture pour venir dans le monde de la mode à Paris. Et puis, je reviens à mes débuts. J’ai commencé avec le vase. Un vase qui n’était pas une architecture, mais une silhouette. Parce que pour moi, la mode c’est la silhouette, c’est l’allure. Après c’est un jeu des tissus.<span id="more-132"></span></p>
<p>Aujourd’hui, dans la mode je ne peux plus du tout travailler la silhouette. Parce que maintenant, la silhouette, tout le monde s’en fout. Maintenant, on envoie tout en Chine. Moi, je dirai que je suis une styliste amoureuse de la maison parce que la maison c’est la deuxième peau.</p>
<p><strong>Vous vous considérez donc toujours comme une styliste ? Il n’y a que la matière qui a changé ?</strong></p>
<p>Tout à fait. Mais moi je suis une styliste légère, élémentaire. Je travaille la matière comme un tissu, avec légèreté.</p>
<p>Je considère la maison comme un deuxième vêtement et même, peut-être, le premier à notre époque. Toute la maison doit être comme une robe, que tu mets sur ta peau. Moi, j’aime voir des maisons qui n’ont pas qu’une logique de design. Mes meubles sont comme des vêtements. Tu peux les combiner, les changer, comme quand tu t’habilles. Je veux des meubles mobiles, changeables. Pour moi, il n’y a pas de différence entre habiller une femme avec des vêtements et habiller une femme avec des meubles. C’est pour ça que j’appelle cette collection Prêt-à-porter. Prêt à porter pour la maison, et même si tu changes de maison.</p>
<p style="text-align: center;"><a rel="attachment wp-att-158" href="http://blog.maison-objet.com/interview-exclusive-de-rosaria-rattin/fa-j10-kose-isi-so21_2/"><img class="aligncenter size-medium wp-image-158" title="FA-j10-kose.isi.so21_2" src="http://blog.maison-objet.com/wp-content/uploads/FA-j10-kose.isi_.so21_2-412x545.jpg" alt="" width="247" height="327" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><a rel="attachment wp-att-159" href="http://blog.maison-objet.com/interview-exclusive-de-rosaria-rattin/fa-j10-kose-isi-so20_2/"><img class="aligncenter size-medium wp-image-159" title="FA-j10-kose.isi.so20_2" src="http://blog.maison-objet.com/wp-content/uploads/FA-j10-kose.isi_.so20_2-363x545.jpg" alt="" width="218" height="327" /></a></p>
<p><strong>Philippe Starck a insisté dans ces nouvelles créations sur le lien entre Orient et Occident. C’est une tendance ?</strong></p>
<p>Oui. Moi, j’ai voulu des meubles qui voyagent. Par exemple, ma table, tu la fais blanche, c’est Helsinki. Si je la fais très très colorée, c’est encore une autre histoire qui se raconte. C’est l’Afrique. Le meuble est comme un model sur lequel tu peux changer le tissu et ça change aussi l’esprit.</p>
<p style="text-align: center;"><a rel="attachment wp-att-156" href="http://blog.maison-objet.com/interview-exclusive-de-rosaria-rattin/fa-j10-kose-isi-so13_2/"><img class="size-medium wp-image-156 aligncenter" title="FA-j10-kose.isi.so13_2" src="http://blog.maison-objet.com/wp-content/uploads/FA-j10-kose.isi_.so13_2-545x392.jpg" alt="" width="425" height="306" /></a></p>
<p><a rel="attachment wp-att-157" href="http://blog.maison-objet.com/interview-exclusive-de-rosaria-rattin/fa-j10-kose-isi-so15_2/"><img class="alignleft size-medium wp-image-157" title="FA-j10-kose.isi.so15_2" src="http://blog.maison-objet.com/wp-content/uploads/FA-j10-kose.isi_.so15_2-363x545.jpg" alt="" width="218" height="293" /></a>Je garde ma vision de styliste. Mes créations doivent représenter un monde qui change. D’ailleurs j’aurai voulu appeler cette collection, Un monde qui change, mais les gens n’auraient pas compris, alors je l’ai appelé Prêt-à-porter. Parce que le monde change. Nous, on ne sait pas vraiment où on est, ni où on va, mais le monde change. Avant, il mettait des décennies à changer, aujourd’hui, il change en dix minutes. Donc, les objets doivent pouvoir changer rapidement, comme un vêtement. Ils doivent changer avec nous, voyager avec nous.</p>
<p>Moi, j’adore regarder les gens changer. J’aurai pu être anthropologiste. Mon rêve serait d’être payée pour m’asseoir à une terrasse d’un café à Paris et observer les gens. Mais comme il me fallait gagner de l’argent, je suis devenu styliste. Mais j’aime comme le mammifère humain bouge. Et j’aime prévenir, parce que la mode c’est prévenir quelque chose.</p>
<p><a rel="attachment wp-att-155" href="http://blog.maison-objet.com/interview-exclusive-de-rosaria-rattin/fa-j10-kose-isi-so18_2/"><img class="alignleft size-medium wp-image-155" title="FA-j10-kose.isi.so18_2" src="http://blog.maison-objet.com/wp-content/uploads/FA-j10-kose.isi_.so18_2-439x545.jpg" alt="" width="263" height="327" /></a>Par exemple, ces meubles, ils ne sont pas occidentaux ou orientaux. Ils sont une histoire personnelle. Moi, je fais des meubles pour qu’on puisse y écrire son histoire. Je crois que pour les jeunes c’est évident. Mais même un adulte doit pouvoir comprendre qu’aujourd’hui il est là et que demain il peut être à l’autre bout du monde. Alors, tes meubles ils doivent pouvoir te suivre comme ta garde-robe. On ne peut pas oublier qu’on est un monde globalisé. Alors un meuble, dans ta maison, comment tu veux l’aimer pendant des années ? Parce qu’il se passe déjà tellement de choses en une seule journée. Et toi aussi tu changes. Et ce que tu aimais hier, aujourd’hui tu n’aimeras peut-être plus.</p>
<p><strong>En tant qu’Italienne, qu’est-ce que représente Paris dans votre imaginaire ?</strong></p>
<p>C’est compliqué, parce que j’ai un rapport particulier à Paris. Je peux dire que cette ville m’a sauvé la vie. Je suis venu à Paris après le décès de mon père. J’étais dévastée. Et cette ville m’a beaucoup aidée. Aujourd’hui, j’ai une maison ici et je ne dors jamais. Ou pas avant trois heures du matin, parce que j’ai des fenêtres qui donnent sur la Seine et je vois Notre Dame sur le quai Tournelle. Et ça, c’est vraiment le Paris que je connais, parce qu’il n’y a pas beaucoup de monde et ça, c’est Paris. Elle est là, l’île de la Cité, et elle se donne. Avant-hier, par exemple, je parlais avec la ville, et je lui disais « merci ». Je trouve que Paris est une ville généreuse. Elle t’offre tout. Si tu veux t’amuser, tu peux. Si tu veux des embouteillages, tu les as. Si tu veux la beauté, tu l’as. Si tu veux le silence, tu l’as. Si tu veux la mélancolie, tu l’as. Si tu veux la joie, elle te la donne. Si tu veux l’amour, elle te le donne aussi parce que je trouve que c’est une des villes les plus romantiques du monde après Venise. Mais Venise, c’est le passé et ce n’est pas une ville généreuse. Les gens y sont merveilleux mais la ville n’est pas généreuse. Tu peux la goûter avec tes yeux, mais elle ne te traverse jamais parce que c’est une ville austère. Elle essaie d’être une femme très très belle. Paris c’est une femme peut-être moins belle. Je dis bien peut-être. Mais plus empathique. Elle te montre tout, elle se montre nue. Et c’est à toi de la prendre et elle se donne jusqu’au bout. C’est une ville extraordinaire. Moi, je la connais depuis trente ans et elle n’a pas changé. Elle ne veut rien en retour, elle se donne. A chaque heure du jour, c’est une autre histoire. J’aime aussi New York ou Berlin, mais ce n’est pas Paris.</p>
<p><strong>Justement, Berlin attire beaucoup les jeunes créateurs. C’est une ville qui explose.</strong></p>
<p>Moi je crois à la créativité dans la mélancolie. Pour ça, Paris est pleine.</p>
<p><strong>Mais une mélancolie heureuse ?</strong></p>
<p>La mélancolie est toujours heureuse. Moi, je suis pleine de mélancolie. Moi je ne suis pas Picasso, je suis plutôt Modigliani ou Braque. Paris emplie ton âme de mélancolie et après c’est à toi de la traduire en quelque chose de créatif. Paris, c’est comme une femme qui fait de la couture et qui vient repriser tes accrocs.</p>
<p><strong>Finissons avec la question de Philippe Starck. Personnellement, qu’est ce qui vous manque ?</strong></p>
<p>On a perdu notre sens. Le mammifère humain a bien vécu. On est sept milliards maintenant et très bientôt, on sera dix milliards. Mais les choses magnifiques que nous avons faîtes, c’est quand on avait le sens. Mais là on l’a perdu. Pour le moment, on est des mammifères très bêtes. Le lion chasse pour manger, nous, on va dans les boutiques pour acheter. C’est la même chose.</p>
<p>Moi, je trouve qu’on a besoin de se rencontrer un peu plus. La magie du mammifère humain c’est quand le courant passe. On a ce fluide, cette énergie qui passe, comme nous en ce moment, en train de discuter. Mais quand tu achètes quelque chose, entre toi et un objet, il n’y a rien. On doit retrouver du sens à travers la rencontre. On a fait la globalisation de la Terre, maintenant, on doit se reglobaliser l’âme.</p>
<p>J’ai beaucoup voyagé dans ma vie mais je n’ai plus envie aujourd’hui. Je me demandais pourquoi. Et j’ai compris. Avant, j’allais dans une ville ou un village, et le lieu me contaminait. Je découvrais de nouvelles perspectives et je repartais contaminée. Et aujourd’hui, on a besoin de ça et pas de tout homologuer. L’être humain est unique. Ta mère peut faire mille enfants, mais toi, tu ne sortiras jamais plus. C’est merveilleux ça. C’est pour ça qu’on ne peut pas se permettre de perdre un autre. Il faut donc se reglobaliser l’âme.</p>
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